Du développement web à la régie : comment mes deux métiers se complètent
Le développement me permet de créer les outils qui manquent aux productions. La régie m’apprend à les rendre réellement utiles lorsque le direct commence.

Quand on me demande ce que je fais, la réponse n’est jamais complètement simple. Je peux parler de développement web, d’interfaces, d’API et de données en temps réel. Mais je peux aussi parler de régie, de montage, de réalisation et de production live. Pendant longtemps, j’ai vu ces activités comme deux métiers différents. Avec l’expérience, j’ai compris qu’elles formaient surtout deux facettes d’une même manière de travailler.
Le développement me permet de créer les outils qui manquent aux productions. La régie, elle, me permet de comprendre pourquoi ces outils sont nécessaires, dans quelles conditions ils seront utilisés et ce qui compte vraiment quand un direct est lancé.
Le développement comme point de départ
J’ai toujours aimé partir d’un problème concret pour construire une solution. Le développement web m’a donné la possibilité de transformer rapidement une idée en quelque chose d’utilisable : une interface, un tableau de suivi, une automatisation ou un flux de données.
Au début, je pouvais surtout juger un outil par son fonctionnement technique. Est-ce que les données remontent correctement ? Est-ce que l’interface répond vite ? Est-ce que le système tient la charge ? Ce sont des questions importantes, mais elles ne suffisent pas dans le contexte d’une production en direct.
Un outil peut être techniquement réussi et pourtant être inutilisable en régie. Il peut afficher trop d’informations, demander trop de manipulations ou ne pas rendre suffisamment visibles les données importantes. Sur le terrain, personne n’a le temps de chercher longtemps un bouton ou de comprendre une interface complexe.
La régie a changé ma manière de développer
En participant à des événements physiques, j’ai découvert le rythme réel d’une production live. Les décisions doivent être prises rapidement, les informations doivent circuler entre plusieurs équipes et les imprévus font partie du quotidien. Un outil doit alors devenir presque évident : on l’ouvre, on comprend immédiatement ce qu’il affiche et on trouve l’information dont on a besoin.
Cette expérience a profondément changé ma manière de concevoir mes projets. Je réfléchis davantage à la personne qui utilisera l’outil, à son niveau de disponibilité et au contexte dans lequel elle devra s’en servir. Une interface destinée à une régie ne se pense pas comme un produit utilisé tranquillement devant un ordinateur.
Je ne développe pas des outils en imaginant les besoins d’une production depuis mon bureau. Je les conçois en connaissant le rythme du direct et les contraintes des équipes qui vont réellement les utiliser.
Créer des outils directement utiles au live
Sur le Major IV de la Call of Duty League à Paris, j’ai développé une interface permettant de centraliser plusieurs informations utiles à la production. Elle affichait les audiences de Gotaga et de la Call of Duty League sur Twitch et YouTube, ainsi que les scores des matchs joués sur la scène principale et sur la scène secondaire.
Techniquement, il fallait récupérer et organiser des données venant de plusieurs sources. Mais la véritable question était surtout de savoir comment les rendre lisibles en quelques secondes. L’éditorial et la réalisation devaient pouvoir comprendre rapidement la situation sans multiplier les onglets ou rechercher chaque donnée manuellement.
J’étais également présent pour le montage et le démontage de la régie, tout en accompagnant l’éditorial et la réalisation pendant l’événement. Cette proximité avec les équipes m’a permis de voir l’outil dans son contexte réel. C’est précisément ce lien entre développement et exploitation qui m’intéresse : créer une solution, puis observer comment elle vit au milieu d’une production.
Quand la technique ouvre des possibilités éditoriales
Le développement ne sert pas uniquement à simplifier l’organisation. Il peut aussi permettre de créer de nouvelles séquences pour le public.
Pour Stream For Humanity 2, j’ai par exemple développé le jeu de la Patate chaude pour l’ensemble des streamers. J’ai aussi mis à disposition une API permettant aux créateurs qui souhaitaient coder leurs propres activités autour des dons d’utiliser un flux que je contrôlais.
Dans ce cas, le code faisait directement partie du contenu de l’événement. Il fallait proposer suffisamment de liberté pour permettre aux streamers d’imaginer leurs activités, tout en conservant un cadre technique fiable et maîtrisé pour la production.
C’est un aspect que j’apprécie particulièrement : la technique n’arrive pas seulement après l’idée pour la rendre possible. Elle peut aussi nourrir l’éditorial et faire apparaître des formats auxquels on n’aurait pas pensé autrement.
Anticiper plusieurs mois avant le direct
Le travail autour d’un événement commence souvent bien avant son ouverture au public. Pour le GP Explorer 3, j’ai été contacté dès le mois de mars afin de réaliser les présentations diffusées sur la chaîne de Squeezie. Pendant l’été précédant l’événement, j’ai également travaillé sur un outil d’organisation lié aux échéances et aux événements à venir.
Sur place, mon rôle ne s’est pas limité aux outils développés en amont. J’ai participé au montage et au démontage de la régie et j’ai fait runner pendant tout le week-end afin de soulager au maximum les équipes présentes.
Ces missions peuvent sembler éloignées les unes des autres, mais elles poursuivent le même objectif : identifier ce qui peut faire gagner du temps à l’équipe et intervenir là où je peux être le plus utile. Parfois, la bonne réponse est une application. Parfois, c’est simplement d’être disponible sur le terrain.
Le développement m’aide aussi en régie
Ma culture du développement me donne certains réflexes utiles pendant une production. Face à un problème, j’essaie de le découper, d’identifier sa source et de chercher une solution reproductible. Je comprends aussi plus facilement la circulation des données entre différents services et les limites d’une automatisation.
Cela me permet de discuter aussi bien avec les développeurs qu’avec les équipes éditoriales et techniques. Je peux traduire un besoin exprimé sur le terrain en contraintes plus précises, puis expliquer une limitation technique avec des mots compréhensibles pour la production.
Cette position intermédiaire est souvent précieuse. Beaucoup de difficultés viennent moins de la technologie elle-même que d’un manque de compréhension entre les personnes qui imaginent un format, celles qui construisent les outils et celles qui doivent les exploiter.
Une production ne repose jamais sur une seule personne
La direction technique m’a aussi appris qu’avoir une idée ne signifie pas devoir tout réaliser seul. Pour le bootcamp 2026 de Guizzi, j’avais une vision, des envies et plusieurs idées pour la production. Mon rôle a été de les structurer, puis de m’entourer des personnes nécessaires pour les concrétiser.
J’ai défini la stratégie technique, coordonné la location du matériel, organisé la mise en place de la charte graphique et préparé l’environnement OBS. Comme un autre réalisateur devait prendre le relais pendant la semaine, j’ai aussi accordé une vraie importance à la passation.
Concevoir un système que quelqu’un d’autre devra utiliser oblige à être clair. Il faut organiser les scènes, expliquer les choix, documenter les points importants et accepter que la réussite du projet se mesure aussi à l’autonomie de la personne qui reprend le dispositif.
Deux métiers qui poursuivent le même objectif
Aujourd’hui, je ne cherche plus vraiment à choisir entre le développement web et la régie. Le développement me permet d’imaginer et de construire des solutions. La régie me permet de rester connecté aux usages réels, aux équipes et aux contraintes du direct.
Sans le terrain, je risquerais de développer des outils trop éloignés des besoins. Sans le développement, je serais parfois obligé d’accepter des tâches répétitives ou des limites qu’une interface bien pensée pourrait résoudre.
Mes deux métiers se complètent parce qu’ils poursuivent finalement le même objectif : rendre une production plus fluide, donner les bonnes informations aux bonnes personnes et permettre aux équipes de se concentrer sur ce qu’elles font le mieux.
C’est dans cet espace entre le code et le direct que je me sens le plus utile. Là où une idée peut devenir un outil, où un besoin rencontré en régie peut donner naissance à un nouveau projet et où la technique reste toujours au service des personnes qui font vivre l’événement.